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ALI BABA ET LES 40 VOLEURS
Ali Baba et Cassin étaient deux frères d'une famille modeste.
Ali Baba vivait avec sa femme dans une toute petite maison.
Il gagnait sa vie en taillant des bûches dans la forêt pour les
vendre au marché.
Cassin, lui avait épousé l'héritière d'un très riche marchand.
Il portait des costumes de soie brodés d'argent, et il était fier
de ses appartements luxueux. Il n'avait jamais songé à partager
son immense fortune, ne serait-ce qu'avec son frère.
Un jour, en fin d'après-midi, Ali Baba, qui avait réuni une bonne
quantité de bois, s'apprêtait à quitter la forêt lorsqu'il aperçut des
cavaliers au galop.
"Seraient-ce des bandits qui viennent par-ici ?" se demanda-t-il.
Il se cacha en haut d'un arbre.
Quarante hommes à méchante figure s'approchaient."
Je n'avais pas tort. Voilà bel et bien des voleurs", se dit Ali Baba,
très impressionné par les gros paquets et les malles énormes
chargés sur des chevaux.
De son arbre, Ali Baba pouvait tout voir et tout entendre. Le
capitaine des voleurs s'approchaient d'une grande porte dissimulée
dans un rocher. Il s'arrêta devant, et dit :
"Sésame, ouvre-toi !".
A peine avait-il prononcé ces mots que la porte s'ouvrit toute
grande. Les trente-neuf autres cavaliers le suivirent à l'intérieur
de la caverne et y cachèrent l'or, l'argent et les marchandises qu'ils
avaient volées. Puis, le capitaine leur ordonna de sortir et dit :
"Sésame, ferme-toi !".
La porte se ferma, et ils repartirent. Quand ils furent éloignés,
Ali Baba, dévoré de curiosité, descendit de l'arbre et s'avançant
vers la caverne, il prononça :
"Sésame, ouvre-toi !", et la porte lui obéit.
Il entra dans la caverne : c'était l'endroit le plus éblouissant qu'il eut
jamais vu. Il découvrit d'abord des tapis brodés et des étoffes
précieuses, puis des vases remplis d'or, d'argent et de bijoux.
Tout débordait de richesses qu'il se dit :
"Ce repaire de voleurs doit servir depuis des siècles !".
Mais il ne voulait pas s'attarder. Il sortit en emportant deux gros
sacs de pièces d'or, ordonna à la porte de refermer, puis rentra
chez lui. Il montra à sa femme sa fabuleuse découverte.
D'abord, celle-ci s'inquiéta.
"D'où viennent toutes ces pièces d'or ? Es-tu devenu un voleur ?
- C'est à des voleurs que je les ai volées", répondit-il. Et lui raconta
son aventure, en lui demandant de bien garder le secret.
Rassurée, elle se demanda quelle quantité d'or il pouvait y avoir
dans les sacs. "Nous devrions peser ces pièces, lui dit-elle.
- C'est inutile, répondit Ali Baba, enterrons-les dans le jardin au plus
vite.
- Quel dommage ! dit sa femme. J'aurais tant voulu savoir !". Elle le
supplia tellement qu'il céda : "Bien, lui dit-il. J'attendrai que tu aies
pesé l'or pour l'enterrer." Il fallait emprunter une balance.
Elle se rendit chez Cassin, le frère d'Ali Baba qui habitait à deux
pas. La femme de Cassin accepta tout de suite de lui prêter sa
balance.
Mais elle était très curieuse, et se demandait quelle sorte de grain
ce pauvre Ali Baba et sa femme voulaient peser. Pour satisfaire
sa curiosité, elle déposa un peu de suif sous la balance, afin
qu'un ou deux grains y restent collés.
Puis elle confia la balance à la femme d'Ali Baba.
Une fois l'or pesé, la balance fut rendue à la femme de Cassim.
Celle-ci l'examina, et vit qu'au lieu de grain, une pièce d'or était
collée sous la balance ! Elle courut voir son mari :
"Cassim, lui dit-elle, tu ne devineras jamais quelle sorte de grain
ton frère met en réserve en ce moment. Une drôle de sorte, en
vérité : de l'or ! Ton frère a tellement d'or qu'il ne compte plus ses
pièces, il préfère les peser !" Cassim n'en croyait pas ses oreilles.
Il se rendit immédiatement chez Ali Baba.
"Ma femme a trouvé une pièce d'or sous la balance qu'elle t'a
prêtée. Doù te vient tout cet or, toi qui n'en a jamais eu ?" Ali Baba,
comprenant qu'il était découvert, se résolu à confier le secret à son
frère. "Dis-moi vite où se trouve cette caverne", répondit Cassim.
Et Ali Baba lui en indiqua le chemin.
Le lendemain, Cassim se leva avant le jour. Il traversa la forêt, et
arriva près de la caverne, il prononça la formule magique que son
frère lui avait donnée, puis entra. Ali Baba ne lui avait pas raconté à
quel point sa découverte était prodigieuse. A la vue de tous ces
trésors, Cassim se mit à courir en tous ses sens, à sauter et à rire
tout seul. Il visita longuement tous les recoins de la caverne. Puis il
se dit que le moment était venu d'emporter ce qu'il voulait et de
rentrer chez lui. Il s'empara de quatre sacs de pièces d'or et se
dirigea vers la porte. Celle-ci, comme à l'accoutumée, s'était
refermée derrière le visiteur, et il fallait à nouveau prononcer la
phrase magique. "Maïs, ouvre-toi !" dit Cassim. Ce n'était pas la
bonne formule. Il avait du mal à se souvenir.
"Voyons... Blé, ouvre-toi !". la porte ne s'ouvrait toujours pas.
"Orge, ouvre-toi !" Toujours rien. Il énuméra ainsi plusieurs noms
de céréales. Il essayait encore de se rappeler le bon mot, quand
il entendit approcher des cavaliers.
C'étaient les quarante voleurs, qui venaient entreposer un nouveau
butin.
"Sésame, ouvre-toi ! " dit le capitaine. La porte s'ouvrit,
découvrant Cassim, épouvanté. "Ce gredin a réussi à entrer ! cria
le capitaine. Emparez-vous de lui !" Ils se jetèrent sur Cassim et le
tuèrent sur-le-champ. Ils le coupèrent en quatre morceaux, puis
disposèrent les morceaux de chaque côté de l'entrée de la caverne.
A la vue de ce spectacle effrayant, pensaient-ils, personne n'oserait
plus entrer ici. Une fois leur sanglante besogne accomplie, ils
repartirent.
La femme de Cassim, ne voyant pas son mari revenir, alla prévenir
Ali Baba. Celui-ci se rendit à la caverne des voleurs, et ne tarda pas
à découvrir ce qu'il restait de son pauvre frère.
Lorsqu'elle apprit sa mort, l'épouse de Cassim pleura beaucoup.
Ali Baba lui proposa de la prendre comme seconde épouse. C'était
en effet, chose ordinaire, dans ce pays, que d'avoir deux ou plusieurs
femmes. Elle accepta, et Ali Baba vécut ainsi heureux avec ses deux
épouses.
Ils gardèrent toujours le secret, et vécurent raisonnablement,
allant se réapprovisionner à la caverne de temps à autre.
BARBE BLEUE
Il était une fois une fois un homme très riche et très puissant. Mais
il était si effrayant, avec sa barbe bleue, qu'aucune femme ne
voulait de lui. Il avait pourtant réussi à se marier six fois, et
personne ne savait ce que ses six femmes étaient devenues. Un
jour, Barbe-Bleue voulut épouser la fille de sa voisine. Celle-ci
refusait obstinément, car il était riche, oui, mais tellement laid !
Elle se demandait surtout où étaient passées ses six premières
épouses. Pour séduire la jeune fille, Barbe-Bleue l'invita dans un
de ses châteaux, et organisa une fête extraordinaire. Pendant les
festivités, il se montra tellement agréable, joyeux, plein d'entrain,
qu'au bout d'un moment, il ne faisait plus du tout peur à la jeune
fille. " Après tout, se disait-elle, il n'y a rien de mal à épouser un
homme qui a la barbe un peu bleue. Il est si gentil, si accueillant !
Et c'est l'homme le plus riche du pays ! " Elle regardait avec envie
cette immense demeure, ces décorations précieuses, ces garde-
robes qui débordaient des plus beaux vêtements... Sans parler de
l'or, des pierreries et des bijoux que possédait Barbe-bleue, si
nombreux, disait-on, qu'une chambre n'aurait pas suffit à les
contenir. Le mariage fut conclu.
Un mois plus tard, Barbe-Bleue annonça à sa femme qu'il partait
pour un long voyage. " Pendant mon absence, lui dit-il, invite tes
amies et amuse-toi tant que tu le voudras. Voici les clefs de toutes
les portes de la maison. Fais ce qu'il te plaira, mais je ne te
demande qu'une chose : cette petite clef-ci, celle de la porte du
cabinet du bas, ne t'en sers surtout pas. Si jamais ta curiosité te
pousse à désobéir, si tu ouvres la porte du cabinet, ma colère
sera plus terrible que le plus terrible des ouragans. " Ayant dit
ceci, il s'en alla.
La jeune femme invita ses amies le soir même. Toutes étaient
ravies de visiter le superbe château. Elles s'émerveillaient devant
toutes les richesses ; les tentures argentées, les robes et les
manteaux de soie, les colliers de saphir et de diamant, les
diadèmes royaux.
Elles enviaient beaucoup madame Barbe-Bleue. Mais c'est à
peine si celle-ci faisait attention à ses compagnes. Depuis le
départ de son mari, elle ne pensait qu'à la petite clef, et elle était
prise d'une tentation irrésistible. Que pouvait-il donc y avoir de si
secret dans le petit cabinet ? N'y tenant plus, elle faussa
compagnie à ses invitées et se dirigea vers le cabinet. Elle saisit
la clef, se rappela un instant les paroles de son mari, puis se
décida à tourner la clef dans la serrure. D'abord, elle ne vit que le
plancher couvert de sang. Pétrifiée, elle entra dans le cabinet, et
faillit mourir de peur : alignés le long du mur, côte à côte, étaient,
pendus les cadavres des six épouses de Barbe-Bleue. Prise de
panique, elle lâcha la clef, qui tomba dans une flaque de sang.
Elle la ramassa, sortit précipitamment et referma la porte.
Arrivée dans sa chambre, elle essaya de nettoyer le sang en
frottant la clef avec une étoffe. Mais il n'y avait rien à faire : quand
la tache disparaissait d'un côté, elle réapparaissait aussitôt de
l'autre. Pour ajouter à son émoi, voici que Barbe-Bleue décida
de rentrer le soir même, ses affaires étant réglées.
" Mon épouse, es-tu heureuse de me revoir si tôt ? " lui demanda-
t-il. Elle fit semblant d'être joyeuse, et elle lui rendit toutes les clefs,
sauf celle du cabinet.
Un peu plus tard, Barbe-Bleue lui réclama la petite clef : " Je l'ai
laissée à l'étage, lui dit-elle, je vais la chercher. " Elle monta,
appela sa soeur Anne et lui dit : " Mes frères ont permis de venir
me rendre visite aujourd'hui. S'il te plaît, guette-les du haut de la
tour et préviens moi dès que tu les verras arriver. "
Elle repoussait le moment autant que possible, mais il faudrait
bien redescendre. Barbe-Bleue s'impatientait.
" Vas-tu me rendre cette satanée clef ? Je sais que tu as ouvert
la porte du cabinet, et pour cela tu y rejoindras mes autres
épouses. Descends, sacrebleu !
- J'arrive, mon mari, laissez-moi seulement le temps de faire une
dernière prière ! Soeur Anne, demanda-t-elle à sa soeur, ne
vois-tu rien venir ?
- Rien de rien, je ne vois que l'herbe et le soleil.
- Alors, menaça Barbe-Bleue du bas de l'escalier, son couteau
à la main, vas-tu te dépêcher, ou faut-il que je vienne te déloger ?
- Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? répéta à la dérobée
madame Barbe-Bleue.
-Je vois... un nuage de poussière qui s'élève...
Ce sont nos frères qui s'avancent au galop.
- C'en est trop, hurla Barbe-Bleue, si tu ne descends pas
immédiatement je monte te couper le cou.
- Là, me voici. " Elle descendit en tremblant. Barbe-Bleue
brandissait son couteau. Elle se trouva bientôt à sa hauteur, et il
allait lui trancher le cou, quand on frappa si fort à la porte que sa
main s'arrêta tout net.
La porte s'ouvrit et, découvrant l'horrible scène, un des frères de
la malheureuse épouse se jeta sur Barbe-bleue et lui transperça
le coeur de son épée. Il était mort. Barbe-Bleue n'avait pas de
famille, hormis sa femme. Elle hérita donc de tous ses biens.
Elle en profita pour offrir un somptueux mariage à sa soeur Anne.
Elle même se remaria bientôt avec un gentilhomme qui lui fit
oublier l'infâme Barbe-Bleue.
LA BELLE AU BOIS DORMANT
Il était une fois un roi et une reine qui étaient si heureux de fêter le
baptême de leur petite princesse qu'ils invitèrent les sept fées du
pays pour que chacune puisse lui faire un don magique. Elle
aurait ainsi toutes les qualités.
Au banquet qui suivit chaque fée reçut un cadeau : de magnifiques
couverts en or massif, dans un étui d'or incrusté de pierres
précieuses. Mais il arriva une vieille fée qu'on n'avait pas invitée,
parce qu'on l'avait crue morte. Il fut impossible de se procurer un
huitième étui d'or. Elle réagit violemment, vexée, car elle n'avait
pas reçu un aussi beau cadeau que les autres.
Les fées commencèrent à faire leurs dons magiques à la
princesse. La plus jeune fée lui donna la beauté, la deuxième fée
l'esprit, la troisième la grâce, la quatrième le don de la danse, la
suivante celui du chant, la sixième le don de la musique. Le tour
de la vieille fée arriva. Elle dit : " La jeune princesse se percera
la main d'un fuseau et elle en mourra ! " Toute l'assemblée se
mit à frémir. Mais la septième fée que s'était tenue à l'écart par
méfiance, et qui n'avait pas encore exprimé son don, déclara :
" Je ne peux défaire entièrement ce qui a été fait, la princesse
se percera la main d'un fuseau, mais au lieu de mourir, elle
tombera dans un sommeil qui durera cent ans, au bout desquels
le fils d'un roi viendra la réveiller. "
Le roi, pour éviter le malheur prédit par la méchante fée, fit
interdire, sous peine de mort, l'usage et la possession des
fuseaux. Dans tout le royaume, on brûla tout ce qui servait à
filer à la quenouille. La princesse avait quinze ou seize ans,
quand un jour, montant de chambre en chambre dans l'immense
château, elle se retrouva en haut d'un donjon face à la vieille
femme qui filait sa quenouille. La bonne vieille n'avait jamais
entendu parler de l'interdiction. La jeune fille n'avait vu comment
on filait la laine. Serait-elle suffisamment adroite pour filer ?
Oh ! Ce serait tellement amusant d'essayer.
La princesse veut juste faire un essai. Elle file, se pique la main
avec le fuseau, et tombe évanouie. La bonne vieille crie au
secours, tous les gens de la cour se précipitent, on la frappe
doucement, on la masse, la frotte avec des herbes, rien n'y
fait, elle reste sans connaissance. Le roi accourt et se souvient
de la prédiction des fées. Il fait placer la princesse dans le plus
bel appartement, sur un lit recouvert de broderies d'or et d'argent,
lui fait mettre ses plus beaux habits ; il ordonne qu'on la laisse
dormir. On voit qu'elle n'est pas morte, elle respire doucement.
Elle a la beauté d'un ange.
On fit venir la gentille fée qui lui avait sauvé la vie. Craignant que
la jeune princesse soit bien seule à son réveil, elle touche de sa
baguette magique tout le monde, sauf le roi et la reine, pour
qu'instantanément tous tombent dans un sommeil profond.
Pages, dames de compagnie, serviteurs, cuisiniers qui tournaient
la broche, seigneurs, laquais et musiciens gisent recroquevillés,
assis ou allongés un peu partout, un sourire bienveillant aux lèvres.
Le roi et la reine firent un baiser d'adieu à leur fille et dans le quart
d'heure qui suivit, de grandes ronces épineuses, des lianes
entrelacées, des buissons épais, des arbres de toutes tailles se
mirent à croître, rendant impossible l'accès au château.
Au bout de cent ans, un fils de roi partit à la chasse avec ses gens.
Rendu curieux par les tours qui dépassaient d'une forêt
impénétrable, il demanda à qui appartenait un si étrange château.
Personne ne put lui répondre.
L'un lui dit qu'il était certainement habité par des sorcières l'autre
par un ogre malfaisant, quand un très vieil homme qui habitait
ces bois, s'approcha et dit : " J'ai entendu raconter par mon
arrière-grand-père que dans la plus belle chambre de ce château,
dormait une princesse belle comme le jour, qui attendait le baiser
d'un prince pour se réveiller.
" Le fils de roi n'eut plus qu'un désir : y pénétrer.
Mais comment faire pour franchir cette muraille de ronces.
Comme il s'approchait, les ronces, les arbres s'écartèrent
doucement pour le laisser passer, lui et son cheval, se refermant
brutalement sur le reste de son équipage.
Il se retrouva seul, écoutant les meutes de ses chiens prisonniers
derrière la barrière. Un monde silencieux et étrange l'attendait.
Aucune feuille ne bougeait dans les arbres. Partout, aux alentours
du château, des hommes, des femmes, des animaux dormaient.
Après être passé au-dessus des gardes endormis, après avoir
traversé plusieurs salles, il découvrit et s'approcha d'une
princesse qui paraissait avoir quinze ou seize ans. Son
extraordinaire beauté, son éclat resplendissant lui allèrent droit
au cur. Il se pencha vers la princesse endormie et l'embrassa.
Elle s'éveilla aussitôt : " Est-ce vous mon prince ? " lui demanda-
t-elle. La fin de l'enchantement était venu, tout le palais s'était
réveillé. Après le silence mortel, c'était un gentil brouhaha qui
montait des cuisines, du château tout entier. Tout le monde
courait, s'affairait et parlait en même temps. Pour célébrer ce
retour à la vie, les musiciens se mirent à jouer et ce fut une très
grande fête.
BLANCHE-NEIGE
Il était une fois une reine qui se piqua le doigt, et voyant une perle
de sang sur la neige blanche, elle songea qu'elle aimerait avoir
une petite fille avec des lèvres aussi rouges que le sang, la peau
aussi blanche que la neige, les cheveux et les yeux aussi noirs
que l'ébène. Ce qu'elle avait souhaité si fort se réalisa
La petite fille fut appelée Blanche-Neige.
Mais peu de temps après, la gentille reine mourut, et le roi se
remaria avec une femme très belle, extrêmement vaniteuse, qui
à tout moment, se tournait vers son miroir magique et lui
demandait : " Miroir ! Gentil miroir, dis-moi qui est la plus belle ? "
Le miroir qui ne pouvait mentir, lui répondait qu'elle était la plus
belle d'entre toutes. Ceci jusqu'au jour, où il lui répondit que
certes, elle était très belle mais que Blanche-neige était bien plus
belle encore.
Une jalousie, une haine féroce envahit la reine. Elle ordonna à un
chasseur de tuer Blanche-Neige, et de lui rapporter son cur.
Le chasseur qui avait reçu les ordres entraîna l'enfant dans les
bois. Mais là, ému par son innocence et sa beauté, son bras se
figea dans l'air, il n'eut pas la force de la tuer. Il lui dit de s'enfuir
très loin, de courir sans jamais s'arrêter. Il tua alors un chevreuil
et en rapporta le cur à la reine. Celle-ci, ne se doutant de rien,
le mangea en croyant que c'était celui de Blanche- Neige.
Dans la forêt, la pauvre Blanche-Neige s'arrêta de courir à la
nuit tombée. Tremblante de peur, de faim et de froid, elle aperçut
une lumière. C'était une maisonnette. Elle s'approcha, frappa, il
n'y avait personne. Plus morte que vive, elle y pénétra.
A l'intérieur, tout était minuscule, propre et rangé. Il y avait sept
petites chaises, sur la table sept petits couverts et sept petits
gobelets. Elle but dans chacun. Il y avait sept petites assiettes
remplies de nourriture, et elle mangea un peu de chaque. Il y avait
enfin sept petits lits, aux draps blancs, elle s'endormit dans le
dernier.
Les sept nains qui habitaient la maisonnette rentrèrent à la nuit
tombée. Quelle ne fut pas leur surprise, quand ils virent que
quelqu'un avait mangé leur soupe, bu dans leurs gobelets, et que
ce quelqu'un dormait dans leur lit ! Mais ils ne réveillèrent pas
Blanche-Neige.
Le lendemain, elle leur raconta ses mésaventures, ils lui
demandèrent de rester, de les aider à faire la cuisine et le
ménage, ainsi elle serait à l'abri de la méchante reine. Ils
explosèrent de joie quand elle accepta.
Avant de repartir au travail, le lendemain matin, ils lui
recommandèrent de surtout n'ouvrir la porte à personne.
La méchante reine, qui était aussi une sorcière, questionna de
nouveau son miroir. Elle fut très surprise d'entendre celui-ci lui
dire que si elle était belle, Blanche-Neige, qui habitait chez les
sept nains, étaient mille fois plus belle encore.
Elle décida cette fois d'agir elle même. Elle mit du poison dans
une belle pomme rouge et déguisée en marchande, s'approcha
de la maison des sept nains. Blanche-Neige sans se méfier porta
à la bouche le beau fruit rouge que lui tendait la fausse
marchande.
A peine avait-elle avalé la première bouchée qu'elle tomba raide
morte. La sorcière s'enfuit en riant.
Quand les sept nains revinrent du travail, ils trouvèrent Blanche-
Neige inanimée, étendue sur le sol.
Ils firent tout pour la faire revivre, mais elle resta sans vie. Ils
pleurèrent pendant trois jours. Comme elle restait aussi
délicieusement belle, gardant ses couleurs, ils ne purent se
résoudre à l'enterrer. Ils l'allongèrent dans un cercueil de verre,
qu'ils transportèrent sur une colline, à la lumière du soleil. Nuit et
jour, à tour de rôle, un nain veillait sur elle, pendant que les autres
partaient travailler.
Un fils de roi, qui passait par là, vint demander de l'eau. Voyant
Blanche-Neige dans son cercueil transparent, il resta tellement
fasciné par sa beauté qu'il en tomba amoureux. Comme il la
prenait dans ses bras, un morceau de pomme empoisonné
tomba de la bouche de Blanche-Neige. Elle ouvrit les yeux, sans
comprendre où elle se trouvait, mais se sentit vibrer dans son
royaume et les sept nains assistèrent à leur mariage.
CENDRILLON
Il était une fois un gentilhomme qui épousa une femme dure et
hautaine. Celle-ci avait deux filles d'un précédent mariage, qui
lui ressemblaient. Le mari, de son côté, avait une fille douce,
d'une très grande bonté. sa nouvelle femme ne put supporter
cette jeune fille ; elle la chargea des plus viles occupations de
la maison. Celle-ci frottait du matin au soir au soir et vivait dans
la misère, n'osant aller se plaindre à son père. Lorsqu'elle avait
fini son travail, elle allait se blottir au coin de la cheminée et
s'asseoir dans les cendres, c'est pourquoi on l'appelait Cendrillon.
Mais même vêtue de haillons, elle était encore cent fois plus belle
que ses surs aux habits magnifiques.
Le fils du roi donna un bal, auquel il pria toutes les personnes de
qualité de venir. Nos deux demoiselles y furent invitées, mais pas
Cendrillon ; pendant qu'elle préparait les toilettes de ses deux
surs, celles-ci lui demandèrent d'un air moqueur si cela lui
plairait d'aller au bal. La pauvre fille avait conscience des pauvres
vêtements rapiécés qu'elle portait, comment aurait-elle pu aller au
bal, habillée ainsi ?
L'heureux jour arriva ; les demoiselles partirent, Cendrillon se
sentit submergée par les larmes. Sa marraine, qui était fée,
arriva par enchantement, et la voyant tout en pleurs, lui dit :
"Si tu veux aller au bal, fais ce que je te dis. Va dans le jardin
et apporte-moi une citrouille ! Ensuite, va chercher une cage à
souris ! " La fée frappe de sa baguette magique la citrouille, qui
se transforme en un magnifique carrosse doré. Six souris sortent
de la souricière et sont transformées en un superbe attelage de
chevaux gris pommelé. Un rat qui passait par là est aussitôt
transformé en cocher moustachu, et les laquais ? Six lézards
cachés derrière l'arrosoir, à peine touchés par la baguette,
montent en habits chamarrés derrière le carrosse.
La fée dit alors à Cendrillon : " Voilà de quoi aller au bal !" Mais
irait-elle avec ces vilains habits ? A peine effleurée par la
baguette de sa marraine, ses haillons se changent en habits d'or
et d'argent ; celle-ci lui donne ensuite les plus jolis souliers de
verre. Parée comme une princesse, Cendrillon pleine joie monte
dans le carrosse, après avoir promis de rentrer du bal avant minuit.
Sa marraine l'avertit qu'au douzième coup de minuit, son carrosse
redeviendra citrouille, les laquais lézards, les chevaux souris, le
cocher rat, ses habits haillons. Arrivée au château, elle fut reçue
comme une princesse. Le prince n'eut d'yeux que pour cette belle
inconnue qui dansait avec tant de grâce ; c'est à peine si, dans la
douleur du moment, Cendrillon entendit sonner
onze heures trois quarts. Aussitôt, elle se dépêcha de rentrer. Elle
remercia sa marraine et lui demanda de retourner au bal, ce
qu'elle fit le lendemain. Elle était encore plus belle, plus éclatante
que la première fois. Le fils du Roi ne cessa de danser avec elle,
et dans son bonheur elle en oublia l'heure.
Entendant le premier coup de minuit, elle s'enfuit aussi légèrement
qu'une biche ; le prince la suivit, mais ne put que ramasser son
soulier de verre qu'elle avait perdu.
Cendrillon était encore dans le grand escalier quand le dernier
coup de minuit sonna ; aussitôt elle se retrouva dans ses vieilles
guenilles. En bas, au lieu d'un carrosse, une citrouille l'attendait.
Elle rentra à pied, mais elle cachait dans la poche de ses vilains
habits l'autre petit soulier de verre. Ses deux surs lui
annoncèrent qu'une belle princesse avait perdu un de ses souliers
au bal. Le fils du Roi l'avait ramassé, et n'avait cessé de le
contempler. Il était assurément fort amoureux de la belle personne.
Peu de jours après, le fils du roi fit annoncer qu'il épousera celle
dont le pied s'ajusterait au soulier.
Toutes les dames de la cour l'essayèrent ; les deux surs
l'essayèrent aussi, mais inutilement. Cendrillon demanda elle
aussi à l'essayer ; ses surs se moquèrent. Le gentilhomme qui
faisait l'essai du soulier, la fit asseoir et constata que son petit
pied rentrait dans le soulier ; l'étonnement des deux surs fut
encore plus grand Cendrillon mit à son autre pied le second soulier.
Elles lui demandèrent pardon. Cendrillon leur pardonna.
On la mena au jeune prince, et peu après il l'épousa.
LE CHAT BOTTE
Il était une fois un meunier qui avait trois fils. Lorsqu'il mourut, il ne
leur laissa pour tout héritage que son moulin, son âne et son chat.
Les partages furent vite faits : l'aîné eut le moulin, le deuxième eut
l'âne et le plus jeune n'eut que le chat.
" C'est trop injuste ! se lamenta celui-ci. Que vais-je devenir avec
ce misérable chat ?
- Ne pleurez pas, mon maître, dit le chat. Vous n'avez qu'à me
confectionner un grand sac et me donner des bottes bien solides.
Et puis, vous verrez. "
Un peu étonné, le jeune homme fit ce qu'il lui demandait. Le chat
enfila ses bottes, noua le sac sur son dos et partit dans la forêt.
Là, il s'étendit sur le sol, fit le mort et attendit. Bientôt un jeune
lapin vint fourrer son nez dans le sac. Crac ! Notre chat en tira
les cordons et emprisonna le lapin. Tout fier de lui, le chat botté
s'en alla chez le roi et demanda à lui parler.
On le fit monter jusqu'à l'appartement de Sa Majesté. Il fit une
grande révérence et dit :
" Sire, voilà un lapin que mon maître, le marquis de Carabas,
m'a chargé de vous offrir de sa part.
- Dis à ton maître que je le remercie, " dit le roi. Une autre fois,
le chat alla se cacher dans un champ et attrapa deux perdrix,
comme il l'avait fait avec le lapin. Il alla à nouveau les présenter
au roi de la part de son maître. Il continua ainsi pendant deux ans
et trois mois, à apporter du gibier au roi, qui en était, à chaque
fois, ravi.
Un jour, le chat botté apprit que le roi irait se promener le
lendemain au bord de la rivière, avec sa fille, la plus jolie
princesse du monde. Il dit à son maître : " Si vous faites ce que
je vous dit, votre fortune est assurée. Vous n'aurez qu'à vous
baigner dans la rivière à l'endroit que je vais vous montrer et
ensuite, me laisser agir ". Le meunier obéit sans savoir ce que
son chat préparait.
Pendant qu'il se baignait, le roi vint à passer. Le chat botté cria
de toutes ses forces : " Au secours ! Au secours ! Monsieur le
marquis de Carabas se noie ! " Le roi se pencha à la portière
de son carrosse. Il reconnut le chat et ordonna à ses gardes
d'aller porter secours au marquis de Carabas. Pendant que
l'on sortait le prétendu marquis de l'eau, le chat botté expliqua
au roi que l'on avait volé les vêtements de son maître alors qu'il
se baignait. Le roi ordonna aussitôt d'aller quérir un habit pour
le marquis.
Vêtu comme un prince, le jeune homme avait fière allure. La
fille du roi qui était aussi dans le carrosse, le trouva fort à son goût.
Le prétendu marquis lui jeta deux ou trois regards tendres et
respectueux et elle en devint folle amoureuse. Le roi pria le
marquis de monter dans son carrosse et de les accompagner
dans leur promenade. Le chat botté courut en avant sur la route
et s'adressant à des paysans qui fauchaient dans un pré, il leur
dit : " Braves gens, si vous ne dites pas au roi que le pré que
vous fauchez appartient au marquis de Carabas, vous serez
hachés menus comme chair à pâté. " Le roi demanda aux
paysans à qui était ce pré qu'ils fauchaient. Ils répondirent tous
en chur qu'il était à Monsieur le marquis de Carabas, car la
menace du chat botté leur avait fait très peur.
" Quel beau champ vous avez là ! dit le roi au faux marquis,
- Il me rapporte beaucoup d'argent chaque année ", répondit
ce dernier.
Notre chat, qui courait toujours en avant du carrosse, rencontra
des moissonneurs.
" Braves gens, si vous ne dites pas que tous ces blés
appartiennent à Monsieur le marquis de Carabas, vous serez
hachés menus comme chair à pâté. "
Le roi arriva un moment après et demanda à qui étaient tous ses
beaux blés. " C'est à Monsieur le marquis de Carabas ! ",
dirent-ils en chur. Le chat, quelques centaines de mètres
devant, disaient toujours la même chose aux paysans qui se
trouvaient sur son passage. Et le roi était stupéfait des grandes
richesses du marquis de Carabas.
Le chat botté arriva enfin dans un beau château dont le
propriétaire était un ogre, le plus riche qui ait jamais existé. Toutes
les terres que le roi avait traversées lui appartenaient en réalité. Le
chat botté demanda à parler à l'ogre, et lui n'avait pas voulu passer
si près de son château sans avoir l'honneur de lui faire la
révérence.
L'ogre le reçut aussi aimablement que le peut un ogre. " On m'a
affirmé, dit le chat botté, que vous aviez le don de vous changer en
toutes sortes d'animaux. Par exemple, en lion ou en éléphant.
- C'est vrai, dit l'ogre. Et il se changea aussitôt en un énorme et
terrible lion. Le chat botté sauta par la fenêtre et courut se réfugier
sur le toit du donjon.
- On m'a assuré aussi, dit le chat après que l'ogre eut reprit sa
forme normale, que vous pouviez prendre l'apparence de tous
petits animaux, d'une souris, par exemple. Mais cela me paraît
impossible...
- Impossible ? dit l'ogre. Vous allez voir ! ". Et il se changea en une
petite souris qui se mit à courir sur le plancher. Le chat botté se
jeta dessus et n'en fit qu'une bouchée. Pendant ce temps-là, le roi
arrivait aux abords du château de l'ogre. Il voulut y pénétrer. Le
chat, entendant le bruit du carrosse, courut à la porte. Que Votre
Majesté soit la bienvenue dans le château de Monsieur le marquis
de Carabas ! dit-il fièrement.
- Comment, Monsieur le marquis, ce château est aussi à vous ?
s'écrie le roi. Je n'en ai jamais vu d'aussi beau dans tout mon
royaume. Entrons un peu, pour le visiter. "
Le meunier marquis donna le bras à la jeune princesse. Ils
suivirent le roi qui entra le premier dans le château. Dans une
grande salle joliment ornée, un somptueux repas les attendait.
C'est l'ogre qui l'avait fait préparer pour des invités. Mais
ceux-ci n'avaient pas osé entrer, voyant que le roi était au
château. Le souverain se mit à table, enchanté, leva son verre
et dit au marquis : " Il ne tient qu'à vous, Monsieur le marquis,
que vous deveniez mon gendre. " Le marquis, avec de grandes
révérences, accepta l'honneur que lui faisait le roi.
Le jour même, il épousa la belle princesse. Devenu grand
seigneur, le chat botté ne courut plus que de temps en temps après
les souris, pour s'amuser.
LA CHEVRE DE MONSIEUR SEGUIN
Il était une fois, un vieil homme qui n'avait jamais connu de bonheur
avec ses chèvres. Il les perdait toutes de la même façon : un beau
matin elles cassaient leur corde, s'en allaient dans la montagne et,
là-haut, le loup les mangeait. Ni les caresses de leur maître, ni la
peur du loup ne les retenaient.
Or, un jour, le vieux Monsieur Seguin, il s'appelait ainsi, après avoir
perdu six chèvres de la même manière, décida d'en acheter une
septième qu'il appela Blanquette.
Il fallait voir comme elle était jolie avec ses yeux doux, sa barbiche
de sous-officier, ses sabots noirs et luisants, ses cornes zébrées et
ses longs poils blancs qui lui faisaient une houppelande.
Également docile, caressante, se laissant traire sans bouger, sans
mettre son pied dans l'écuelle.
Monsieur Seguin était heureux car la jeune chevrette ne s'ennuyait
pas. Jusqu'au jour où elle se dit, en regardant la montagne :
"Comme on doit se sentir bien là-haut ! Quel plaisir de gambader
dans la bruyère, sans cette maudite longe qui vous écorche le cou !
C'est bon pour l'âne ou le buf de brouter dans un enclos !
Aux chèvres, il leur faut du large." A partir de ce moment, l'herbe
du clos lui parut fade. L'ennui lui vint. Elle maigrit, son lait se fit
rare. C'était pitié de la voir tirer tout le jour sur sa longe, la tête
tournée du côté de la montagne en faisant : "Bêêh!!!" tristement.
Un matin, comme Monsieur Seguin achevait de la traire, la chèvre
se retourna et lui dit dans son patois :
"Je me languis chez vous, laissez-moi aller dans la montagne.
- Ah ! Mon Dieu, elle aussi, s'écria le vieil homme stupéfait,
comment, Blanquette, tu veux me quitter ?
- Oui, Monsieur Seguin.
- Est-ce-que l'herbe te manque ici ? Es-tu attachée trop court ?
Veux-tu que j'allonge la corde ?
- Ce n'est pas la peine Monsieur Seguin. Je veux aller dans la
montagne.
- Mais malheureuse ! Tu ne sais pas qu'il y a le loup dans la
montagne ? Que feras-tu quand il viendra ?
Le loup se moque bien de tes cornes. Il m'a mangé des biques
plus encornées que toi. Tu sais bien, la pauvre vieille Renaude,
qui était ici l'an dernier ? Une maîtresse chèvre, méchante et
forte comme un bouc. Elle s'est battue avec le loup toute la nuit,
puis le matin, le loup l'a mangée.
- Peuchère ! Pauvre Renaude ! Ca ne fait rien, Monsieur Seguin,
laissez-moi aller dans la montagne."
Mais le vieil homme, craignant pour sa chèvre, l'installa dans une
étable toute noire, dont il ferma la porte à double tour.
Malheureusement, il avait oublié la fenêtre, et à peine eut-il le dos
tourné que Blanquette se sauva...
Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un
ravissement général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu
d'aussi joli. On la reçu comme une reine. Les châtaigniers se
baissaient jusqu'à terre pour la caresser du bout de leurs branches.
Toute la montagne lui fit fête. Et Blanquette, à moitié soûle, se
vautrait dans l'herbe verte, les jambes en l'air et roulait le long des
talus, pêle-mêle avec les feuilles tombées et les châtaignes. De
se voir si haut perchée, elle se croyait au moins aussi grande que
le monde...
En peu de temps, le vent fraîchit. La montagne devint violette. Le
soir était là. "Déjà !" dit la petite chèvre, et elle s'arrêta fort
étonnée.
En bas, les champs étaient noyés de brume. Le clos de Monsieur
Seguin disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne
voyait plus que le toit et un filet de fumée. Elle écoutait les
clochettes d'un troupeau qu'on ramenait, et se sentit l'âme triste...
Puis, tout à coup, un hurlement dans la montagne se fit entendre :
"HOOUUU !!! HOOUUU !!!"
Elle pensa au loup. De tout le jour, la follette n'y avait pas songé...
Au même moment, une trompe sonna bien loin dans la vallée.
C'était ce bon Monsieur Seguin qui tentait une dernière fois de la
rappeler.
faisait le loup.
- Reviens ! reviens !"criait la trompe.
Blanquette eut envie de rentrer. Toutefois se rappelant le pieu, la
corde, la haie du clos, elle pensa qu'elle ne pourrait plus se faire à
cette vie, et qu'il valait mieux rester. La trompe se tut...
La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles. Elle se retourna
et vit dans l'ombre deux courtes oreilles, dressées en pointe et deux
yeux luisant dans l'obscurité... C'était le loup. Gigantesque,
immobile, assis sur ses pattes arrière, il était là, regardant la petite
chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait bien
qu'il finirait par la manger, le loup ne se pressait pas. Seulement
quand elle se retourna, il se mit à rire méchamment.
"Ah, ah ! Petite chèvre de Monsieur Seguin", et il passa sa grosse
langue rouge sur ses sombres et larges babines.
Blanquette se sentit perdue. Puis, songeant à la vieille Renaude qui
s'était battue toute la nuit pour être dévorée au matin, elle se dit
qu'il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout se suite.
Mais elle se ravisa aussitôt. Elle tomba en garde, la tête basse et
la corne en avant, comme une brave chèvre de Monsieur Seguin
qu'elle était.
Non pas qu'elle eût l'espoir de tuer le loup -les chèvres ne tuent pas
les loups- mais seulement pour voir si elle pouvait lutter aussi
longtemps que la Renaude... Alors, le monstre s'avança, et les
petites cornes entrèrent en danse. Ah ! La brave chevrette,
comme elle y allait de bon cur ! Plus de dix fois elle força le
loup à reculer pour haleine. Pendant ces trêves d'une minute, la
gourmande cueillait alors, à la hâte, un brin de cette bonne herbe.
Puis, elle retournait au combat, la bouche pleine...
La bataille dura toute la nuit. De temps en temps, Blanquette
regardait les étoiles danser dans le ciel clair, et elle se disait :
"Oh ! Pourvu que je résiste jusqu'à l'aube !..."
L'une après l'autre, les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla
de coups de cornes, le loup augmenta ses coups de dents...
Une lueur pâle parut à l'horizon. Le chant d'un coq enroué monta
d'un poulailler. "Enfin !" dit la pauvre bête, qui n'attendait plus que
le jour pour mourir, s'allongea alors par terre dans sa belle fourrure
blanche toute tachée de sang...
Aussitôt, le loup se jeta sur la petite chèvre et la dévora.
LES CYGNES SAUVAGES
Dans un pays lointain vivait un roi qui avait onze fils et une fille qui
avait reçu le nom d'Elisa. Les enfants vivaient heureux dans le
château de leurs parents. Hélas ! Un jour, l'épouse du roi mourut.
Ce dernier prit en seconde noce une méchante femme qui
détesta immédiatement les douze enfants. Pour se débarrasser
d'eux, cette vilaine reine décida d'envoyer la petite fille chez des
paysans et dit au roi tant de mal de ses fils que le père s'en
désintéressa.
Mais cela ne lui suffit pas, elle voulait les éloigner définitivement.
C'est ainsi qu'un jour, elle leur jeta un sort, car elle était aussi une
sorcière, en disant :
" Soyez transformées en oiseaux, et perdez la parole !"
Les princes devinrent alors onze beaux cygnes sauvages qui
s'envolèrent aussitôt.
Quand Elisa eut quinze ans, son père la fit chercher car il voulait
revoir sa fille. La reine s'arrangea pour la rencontrer en premier :
elle badigeonna de brou de noix et lui emmêla tellement les
cheveux que son père ne la reconnut pas.
Toute triste, la fillette quitta le château et marcha toute la journée
à travers champs.
Le soir venu, elle arriva dans une grande forêt où elle s'endormit.
A son réveil, elle découvrit une source d'eau claire.
Elle s'approcha de l'eau et s'y plongea. Elle redevint la belle
princesse qu'elle était. Rencontrant une femme très âgée, Elisa lui
demanda si elle n'avait pas vu onze princes chevauchant dans la
forêt. La vieille femme lui répondit que non mais, qu'en revanche,
elle avait vu onze cygnes avec des couronnes d'or sur la tête au
bord de l'eau. L'enfant suivit le fleuve jusqu'à son embouchure et
arriva au bord de la mer.
Sur la plage elle trouva onze plumes de cygnes blanches dont elle
fit un bouquet. Au crépuscule, Elisa vit onze cygnes sauvages
avec des couronnes d'or voler comme un long ruban blanc.
Les cygnes vinrent se poser à côté d'elle et dès que le Soleil fut
couché, leurs plumes se détachèrent. Redevenus onze beaux
princes, ils se firent reconnaître de leur belle et grande soeur.
L'aîné expliqua à Elisa qu'ils ne reprenaient forme humaine
qu'à la nuit tombée. Il ajouta : " Nous habitons de l'autre côté
de la mer et nous ne pouvons revenir que pendant onze jours
dans notre cher pays. "
Elisa et ses frères de partir ensemble. Ils fabriquèrent un filet
en osier pour transporter Elisa, et, le jour venu, s'envolèrent en
tenant le filet dans leur bec. Ils volèrent toute la journée. Bien
que le poids d'Elisa ralentissait leur vol, ils atteignirent l'îlot
avant la nuit. Ils étaient très fatigués. Très vite tout le monde
s'endormit. Elisa rêvait de pouvoir délivrer ses frères lorsque,
durant son sommeil, la fée Morgane lui apparut et lui dit ceci :
" Tu pourras sauver tes frères en leur tissant à chacun une
cotte de mailles faite avec des orties.
Mais attention, tant que ce travail ne sera pas terminé, tu ne
devras pas parler, sinon ce serait leur mort. " Aussitôt, Elisa
se mit au travail et tressa les cottes jusqu'à s'en brûler les
mains. Un roi qui chassait par là, découvrit cette belle jeune
fille en plein travail et lui demanda ce qu'elle faisait là.
Elisa ne voulut pas répondre car elle savait que si elle
prononçait, ne fusse qu'un seul mot, ses frères mourraient.
Emu par le désarroi de la princesse, le souverain décida
alors de l'emmener dans son château. Peu après, ils se
marièrent. Comme Elisa pleurait et se lamentait, le roi eut
l'idée de lui faire apporter les orties déjà filées et les cottes
de mailles qui étaient terminées, espérant ainsi la distraire.
De son côté, le conseiller de la cour se demandait si cette
jeun fille muette n'était pas une sorcière. Il en parla au roi qui
ne voulut rien entendre. Toutes les nuits, Elisa travaillait à ses
cottes; Un jour, elle n'eut plus assez d'ortie et décida d'aller
jusqu'au cimetière pour en cueillir. Le conseiller, qui la
surveillait, en parla au roi et lorsque la jeune femme sortit
pour cueillir à nouveau des orties, celui-ci la suivit à son
tour. L'apercevant non loin des sorcières du cimetière qui
attrapaient des crapauds pour leurs potions magiques, le
roi pensa qu' Elisa était aussi une sorcière.
Accusée de sorcière, elle fut condamnée à mourir sur le
bûcher. Dans son cachot, on lui donna les cottes de mailles
et le reste de la botte d'ortie ; la princesse put ainsi poursuivre
son travail malgré le peu d'espoir qu'elle avait de jamais revoir
ses frères. Le jour prévu pour l'exécution, ces derniers, qui
l'avaient retrouvée, se transformèrent à nouveau en cygnes
sauvages et se mirent à voler au-dessus du chariot qui
emmenait Elisa au bûcher. Pâle comme une morte, la jeune
reine, les cheveux en désordre, continuait à tisser
désespérément la dernière cotte. " Regardez la sorcière !
Déchirez son tissu magique ! " criait la foule. Des gens
s'approchèrent pour lui arracher l'étoffe lorsque soudain,
onze cygnes blancs vinrent se poser autour d'elle.
Ne serait-elle pas innocente, se demanda alors la foule ?
Elisa eut juste le temps de lancer les onze cottes de mailles
sur les cygnes qui se transformèrent aussitôt en beaux jeunes
gens. Seul le dernier garda une aile de cygne car il manquait
une manche à son vêtement. La jeune reine s'écria :
" Enfin, je peux parler et proclamer mon innocence.
- Oui, notre soeur est innocente ! ", confirma l'aîné des frères
qui raconta toute leur longue histoire. Le roi, radieux de
retrouver sa jeune femme, lui offrit une plume de cygne qui
flottait dans l'air. Les cloches se mirent à sonner. Le roi et
Elisa, accompagnés des onze beaux princes, reprirent le
chemin du château pour une grande fête qui dura onze jours
et onze nuits.
HANSEL ET GRETEL
Il était une fois un bûcheron qui vivait pauvrement dans la forêt
avec sa famille. Sa femme était vieille et cruelle, mais ses deux
enfants, Hansel et Gretel, suffisaient à son bonheur. Il était
courageux et travaillait dur, mais il n'y avait jamais assez de
nourriture à la maison. Un jour, la femme du bûcheron se déclara
lasse d'avoir tant de bouches à nourrir.
" Demain, dit-elle, nous irons abandonner les enfants au fond de
la forêt. Ils sont trop jeunes pour retrouver le chemin de la maison
et devront apprendre à se débrouiller. " Le bûcheron, qui aimait
beaucoup ses enfants, fut très triste de cette décision.
Mais Hansel, que la faim tenait éveillé, avait tout entendu. Il se leva,
sortit dans la nuit et ramassa plein de cailloux blancs qu'il mit
dans sa poche. Le lendemain matin, toute la famille partit dans la
forêt. " Restez là, dit la femme, nous allons chercher du bois et
nous revenons tout de suite. " Mais ils ne revinrent jamais.
Heureusement, Hansel avait semé tous ses cailloux blancs sur le
chemin de la maison. Il prit sa petite soeur par la main et, avant la
nuit tombée, les deux enfants s'en étaient déjà retournés chez eux.
En les voyant arriver, la vieille femme fut très contrariée. Elle dit au
bûcheron : " Demain, nous les emmènerons encore plus loin dans
le fond de la forêt et de là, ils ne pourront plus revenir. " Hansel
avait encore une fois tout entendu, mais le soir, la vieille femme,
qui se méfiait, ferma à clefs la porte de la maison. Le petit garçon
ne pouvait plus chercher de cailloux. Le matin, ils allèrent tous les
quatre dans la forêt et marchèrent longtemps, longtemps...
Hansel et Gretel avaient très faim mais, au lieu de manger le pain
qu'on leur avait donné, Hansel l'avait émietté et jeté derrière lui.
" Nous suivrons les miettes et ainsi nous retrouverons le chemin
de la maison ", dit-il à sa soeur. Mais i