Livre de la jungle (Le) | Loup et les sept petits chevreaux (Les) | Magicien d'oz (Le) | Merlin l'enchanteur | Montreur de marionnettes (le) | Oiseau bleu (L) | Peau d'âne | Petit Poucet (le) | Petite fille aux allumettes (La) | Pierre et le loup | Pinocchio | Poucette | Prince crapaud (Le)
LE LIVRE DE LA JUNGLE
Il était une fois, dans une forêt lointaine qu'on appelait la Jungle, un
groupe d'animaux très bons et généreux : Père Loup et Mère Louve
Baloo, l'ours brun, Bagheera, la panthère noire, Tabaqui, le chacal
et Akela, le grand loup solitaire. Là, vivaient également : Sahi, le
porc-épic; Rikitikitavi, la mangouste; Mang, la chauve-souris; Mor,
le paon; Hathi, chef des éléphants, les Bandar-log, le peuple singe
et, bien sûr, le méchant python, Kaa et shere Khan, le tigre toujours
affamé.
Un jour, alors qu'il chassait, Père Loup s'arrêta net, tendant
l'oreille :
"Quelque chose gravit la colline, dit-il à Mère Louve, tiens-toi prête".
Il y eu un froissement de branches dans le fourré et Père Loup se
mit en boule, prêt à sauter. Alors, si vous aviez été là, vous auriez
vu la chose la plus étonnante du monde :
un loup s'arrêtant à mi-bond !
Ayant pris son élan sans savoir ce qu'il visait, il tenta vainement de
se retenir. Il en résultat un saut d'à peine un mètre de haut et il
retomba presque au même point du sol qu'il avait quitté.
"Un homme, s'écria-t-il abasourdi. Un petit d'homme perdu au milieu
de la forêt... C'est un bébé. nous ne pouvons pas le laisser là, sinon
il va mourir tout seul dans la forêt. Emmenons-le avec nous et nous
l'élèverons tous ensemble au sein du Clan de la Jungle.
Nous l'appellerons Mowgli."
Et c'est ainsi que Mowgli, le petit homme, vécut pendant près de
dix années parmi les animaux de la forêt.
Jour après jour, Baloo, le grand ours brun vieux et insouciant, lui
enseignait à sa façon la Loi de la Jungle.
A travers l'épaisse végétation, Bagheera venait en flânant voir ce
que devenait son favori, et restait à ronronner, la tête contre un
arbre, pendant que Mowgli récitait à Baboo la leçon du jour.
L'enfant savait maintenant grimper presque aussi bien qu'il
nageait, et nageait presque aussi bien qu'il courait.
Aussi Baloo, Bagheera et les autres lui apprirent-ils les Lois des Bois
et des Eaux : distinguer une branche pourrie d'une branche saine,
parler poliment aux abeilles sauvages et avertir les serpents d'eau
avant de plonger dans les mares au milieu d'eux.
En outre, Mowgli apprit également le cri de chasse de l'Etranger,
qu'un habitant de la Jungle, toutes les fois qu'il chasse hors de son
terrain doit répéter à voix haute jusqu'à ce qu'il ait reçu une
réponse.
Il signifie : "Donnez-moi liberté de chasser ici, j'ai faim".
La réponse est : "Chasse donc pour ta faim, mais non pour ton
plaisir."
Ainsi, le petit Mowgli grandit avec les louveteaux et Père Loup lui
enseigna le sens des choses de la forêt, jusqu'à ce que chaque
frisson de l'herbe, chaque souffle d'air chaud dans la nuit le
hululement des hiboux, chaque saut du plus petit poisson prissent
la plus grande importance.
Lorsqu'il n'apprenait pas, il se couchait au soleil et dormait puis
il mangeait et se rendormait. Lorsqu'il se sentait sale ou qu'il avait
trop chaud, il se baignait dans les mares de la forêt et lorsqu'il
manquait de miel, il grimpait aux arbres pour en chercher.
Mowgli et ses amis vivent très heureux jusqu'au jour où arriva un
grand malheur : Aleka, le vieux chef, allait bientôt mourir. Dès lors,
Mowgli serait en danger, car plus personne n'assurerait la Loi de
la Jungle. Il faudrait se protéger, lui et ses amis les animaux, de
tous les intrus de la forêt, des loups ennemis et de Chera Khan, le
vieux tigre qui voulait le dévorer. Car le petit d'homme n'était pas à
sa place dans le Clan de la Jungle. Les autres animaux te haïssent
parce que leurs yeux ne peuvent soutenir l'éclat de ton regard, dit
Bagheera en croisant ses pattes sur les feuilles, parce que tu es
sage... parce que tu es un homme. Mon cher petit d'homme,
descends vite jusqu'aux huttes de la vallée, et prends-y un peu de
la Fleur Rouge que l'on fait pousser; ainsi, le moment venu, auras-tu
un allié plus fort que moi ou Baloo ou que ceux de la tribu qui te
chérissent".
Cette Fleur Rouge était "le feu" dont chaque animal éprouve, toute
sa vie, une crainte mortelle.
Ainsi fut fait et lorsque Mowgli revint, protégé par les braises
inscandescentes qu'il tenait au creux d'une pierre. Aleka le Solitaire
rassembla tous les animaux et dit : "Je suis vieux et vais mourir.
Mais le petit, que j'ai protégé jusqu'à présent, restera en vie
car il tient la Fleur Rouge dans ses mains : il est votre maître à
tous. Cependant Mowgli doit retourner parmi les siens car sa place
est là-bas, dans sa vallée..."
A ces mots, Mowgli commença à éprouver un sentiment douloureux
au fond de lui-même, quelque chose qu'il ne se rappelait pas avoir
senti jusqu'à ce jour : il sanglota et les larmes coulèrent sur son
visage. "Que se passe-t-il ? dit-il. Je ne sais pas ce qui m'arrive.
Vais-je mourir Bagheera ?
- Non, petit frère. Ce ne sont que des larmes, comme en ont les
hommes. Il faut maintenant que tu t'en ailles, Mowgli. Nous ne
t'oublierons jamais, jamais de toute notre vie que nous passerons
à parcourir les pistes de la forêt. Reviens au pied de la colline
quand tu seras un homme et nous parlerons à nouveau comme
nous l'avons si souvent fait.
- Je reviendrai sûrement dans la jungle" dit Mowgli.
Ne m'oubliez pas !
Dîtes-leur à tous de ne jamais m'oublier !". L'aurore commençait
à poindre quand Mowgli, le cur serré, descendit la colline seul,
en route vers ces êtres mystérieux que l'on appelle les
H o m m e s !
LE LOUP ET LES SEPT PETITS
CHEVREAUX
Il était une fois, une maman chèvre qui habitait avec ses sept
enfants dans une grande maison près de la forêt. Elle était très
isolée et loin du village. Un jour elle leur dit : "Il n'y a plus beaucoup
de provisions. Il faut que j'aille au village faire des courses. Vous
allez rester bien sagement à la maison et vous n'ouvrirez la porte à
personne jusqu'à mon retour. Attention ! Un très méchant loup
habite la forêt, il ne faut surtout pas le laisser entrer : il vous
dévorerait tous !
- Promis, maman ! Nous serons très sages ", répondirent les petits
chevreaux. Maman chèvre a pris son panier sous sa patte, a fermé
la porte et est partie. Mais le loup qui guettait dans la forêt a vu que
les chevreaux étaient seuls et il s'est dit :
" Mmm, moi qui avais faim, je vais pouvoir faire un bon déjeuner.
Sept petits chevreaux bien gras ! Quel régal ! Il a été frapper à la
porte et il adit avec sa grosse voix : "Je suis votre maman chèvre,
ouvrez-moi vite !"
Mais les petits chevreaux répondirent : "Non, tu n'es pas notre
maman chèvre ! Notre maman chèvre a une voix toute douce !
Et toi tu as une vilaine grosse voix ! Tu es le loup ! Va-t-en !"
Alors le loup alla vite au village, se précipita chez l'épicier et lui
vola un pot de miel. Il avala tout le pot et il revint frapper à la porte
des petits chevreaux. Et avec une voix toute douce, il dit :
"Je suis votre maman chèvre, ouvrez-moi vite !".
Mais il avait posé sa patte contre le carreau de la fenêtre. Et les
petits chevreaux répondirent :
"Non, tu n'es pas notre maman chèvre. Notre maman chèvre a
une jolie patte blanche. Et toi tu as une vilaine patte noire. Tu es
le loup ! Va-t-en ! Mais le loup courut de nouveau au village, il alla
chez le boulanger et il lui vola de la farine. Il couvrit sa patte de
farine et il revint frapper à la porte des petits chevreaux. "Je suis
votre maman chèvre, ouvrez-moi vite !, dit-il. Et comme il avait
une voix toute douce et une patte toute blanche les petits chevreaux
ouvrirent la porte. Lorsqu'ils virent qu'ils avaient ouvert au loup, ils
hurlèrent de peur et ils se dépêchèrent de se cacher dans la
maison : le premier se cacha sous le lit, le second sous la table,
le troisième derrière les rideaux, le quatrième dans la grande
horloge, le cinquième dans la baignoire, le sixième derrière la
porte, le septième sous la commode.
Mais le loup les trouva tous et les dévora tous les uns après les
autres, sauf celui qui était caché dans la grande horloge.
Un peu plus tard, maman chèvre rentra du marché. Et en cria :
"Mais que se passe-t-il ? Petits chevreaux, où êtes-vous ?
Répondez-moi !" Alors le petit chevreau qui était au fond de la
grande horloge sortit de sa cachette et lui raconta tout ce qui
était arrivé.
"Ne t'en fais pas, dit la maman. J'ai aperçu le loup qui dormait près
de la rivière. Nous allons sauver tes frères et tes surs. Va vite me
chercher mes affaires de couture : mes ciseaux, du gros fil et une
aiguille." Le petit chevreau se dépêcha d'obéir. Maman chèvre et
le petit chevreau partirent alors pour le bord de la rivière.
Avec ses grands ciseaux, maman ouvrit le ventre du loup :
cric ! crac ! cric ! Tous les petits chevreaux sortirent un à un, ils
s'ébrouèrent et ils étaient bien content de se retrouver dehors !
Maman chèvre leur dit : "Que chacun d'entre vous m'apporte une
grosse pierre, bien ronde et bien lourde." Tous les petits chevreaux
partirent chercher des pierres et ils les rapportèrent à leur maman.
La maman mit toutes les pierres dans le ventre du loup, puis elle le
recousit avec son gros fil. Le loup dormait si profondément qu'il ne
le sentit même pas ! "Maintenant, mes enfants, nous allons vite
rentrer à la maison avant que le loup se réveille !"
Les petits chevreaux ne se le firent pas dire deux fois, et ils
partirent vite avec leur maman. Un peu plus tard, le loup se réveille.
Il se sentait très lourd... Il se dit :"J'ai vraiment mangé trop de
petits chevreaux pour mon déjeuner ! Je ferais mieux d'aller boire
un peu !
Cela m'aidera à digérer !"
Et le loup se pencha au-dessus de la rivière.
Mais comme les pierres étaient très lourdes, il tomba au fond et
se noya.
Et l'on n'a plus jamais entendu parler de ce méchant loup-là.
LE MAGICIEN D'OZ
Dorothée vivait avec son oncle et sa tante dans une région
pauvre et désertique du Kansas, en Amérique. Leur maison
était une petite cabane en bois très modeste. Elle avait pour seul
compagnon de jeu un nommé Doggy : son gentil petit chien, vif
et intelligent.
C'était une région souvent dévastée par les cyclones.
Or, un jour, une terrible tornade s'abattit sur la région. Dorothée
n'eut pas le temps de se cacher dans la cave et se retrouva seule
avec Doggy dans la maisonnette.
Arrachée par le vent furieux, celle-ci, bien que ballotée dans tous
les sens, resta intacte. Cela dura si longtemps que la fillette finit
par s'endormir dans son lit.
Tout à coup, elle se réveilla, secouée par un grand choc.
Elle écouta : plus de bruit, plus de vent. Elle ouvrit alors la porte et
s'aventura dehors. Surprise, elle regarda tout autour d'elle et
découvrit un paysage inconnu et très beau avec de l'herbe verte
et des fleurs multicolores partout.
Elle rencontra alors de curieux petits personnages :
les Muntchkinz, accompagné par une gentille sorcière.
Celle-ci apprit à la fillette qu'elle se trouvait au pays d'Oz où
régnait un grand magicien appelé le Magicien d'Oz, qui vivait
dans la cité d'Emeraude.
Mais Dorothée s'inquiétait car elle se sentait perdue et voulait
retrouver son oncle et sa tante. La gentille sorcière lui dit alors :
"Tu dois t'adresser au Magicien d'Oz, lui seul peut t'aider" et elle lui
indiqua le chemin.
La fillette, accompagnée de son petit chien, se mit en route avec la
bénédiction de la gentille sorcière qui venait de lui offrir une paire
de souliers d'argent magiques et un baiser qui la protégeraient.
Chemin faisant, elle rencontra l'Epouvantail. Lui aussi voulait voir le
Magicien d'Oz afin de lui demander d'obtenir un peu de cervelle
dans sa tête de paille.
Puis elle rencontra le Bûcheron En-Fer-Blanc qui lui désirait voir le
Magicien afin qu'il ajoute un coeur à son corps métallique.
Tous les quatre rencontrèrent le Lion Poltron. Il souhaitait devenir
courageux car il était très peureux, ce qui est un comble pour
un lion !
Dorothée fit alors une longue route, accompagnée de son petit chien
Doggy, de l'Epouvantail, du Bûcheron En-Fer-Blanc et du lion
Poltron.
Après plusieurs péripéties, ils arrivèrent à la Cité d'Emeraude.
Celles-ci resplendissaient de mille feux d'un vert magnifique.
Ce fut le gardien des portes qui leur ouvrit. Il leur donna à chacun
une paire de lunettes pour qu'ils ne soient pas aveuglés par l'éclat
éblouissant de la splendide Cité.
Mais avant de les présenter au tout puissant Magicien d'Oz, il leur
expliqua que ce dernier pouvait leur apparaître sous n'importe
quelle forme.
Dorothée fut reçue la première par le magicien qui lui apparut sous
la forme d'une énorme tête sans corps, sans bras et sans jambes.
"J'accepte de t'aider à retourner chez toi, mais en échange tu dois
tuer la Sorcière de L'Ouest. Pas celle que tu as rencontrée et qui
est la gentille Sorcière du Nord, mais l'autre la méchante sorcière."
Le Magicien resta imperturbable devant les pleurs de Dorothée qui
se demandait bien comment une gentille petite fille pourrait faire une
telle chose.
Quand ce fut le tour de l'Epouvantail, le Magicien apparut sous la forme
d'une belle jeune fille et il mit la même condition en échange de cervelle
et de sagesse.
Pour le Bûcheron En-Fer-Blanc, ce fut sous la forme d'un monstre
hideux qu'il se manifesta et il fit à nouveau la même demande en
échange d'un coeur. Pour le Lion, ce fut une boule de feu et la même
condition en échange du courage. Les quatre compagnons se
consultèrent et s'entendirent pour réussir ensemble.
Aussitôt ils se mirent à la recherche de la méchante Sorcière de
l'Ouest.
Ils arrivèrent bientôt dans son domaine. Cette sorcière n'avait qu'un
oeil magique, capable de voir tout ce qui se passait dans le Pays.
Elle aperçut les intrus et se mit en rage. Elle décida donc de se
débarasser d'eux et elle leur envoya ses soldats : de grands loups
aux yeux cruels, des corbeaux sauvages des abeilles génates noires.
Rien de tout ceci ne put les arrêter.
Car la sorcière ne réussit à vaincre ni l'amitié ni le courage de nos
compagnons. Finalement, elle parvint à les faire enlever par des singes
volants et les emprisonna tous les quatre dans son château.
Un jour que Dorothée prenait son bain, la méchante femme tenta de
lui dérober un des souliers d'argent que lui avait donnés la gentille
Sorcière du Nord.
"Rendez-moi mon soulier ! demanda-t-elle à la sorcière.
- Je conserve cette chaussure rétorqua l'autre, maintenant elle est à
moi.
- Vous êtes méchante, cria Dorothée. Ce soulier ne vous appartient
pas !
- Je m'en moque, je le garde, gloussa la vieille sorcière, et bientôt
je te prendrai l'autre", dit-elle méchamment.
Dorothée en colère lui envoya à la figure un baquet plein d'eau qui
se trouvait à portée de sa main. La sorcière fut totalement trempée.
A sa grande surprise, Dorothée la vit alors se mettre à rapetisser.
Elle hurla :"J'ai peur de l'eau ! Je vais disparaître ! Tu l'as fait exprès
car tu savais que l'eau me fait fondre !
- Mais non, pas du tout !", répondit Dorothée. Et elle regarda la
sorcière fondre sous ses yeux et disparaître dans une mare d'eau.
Ce fut alors une grande joie et une délivrance dans toute la région
car la méchante Sorcière de l'Ouest oppressait toute la population
de ce domaine du pays d'Oz.
Nos quatre compagnons purent alors retourner auprès du Magicien
d'Oz qui, avec bonne grâce et reconnaissance, leur accorda ce qu'ils
demandaient. Le voeu de Dorothée fut exaucé :
elle put retourner chez elle, au Kansas, avec Doggy, dans la nouvelle
ferme de son oncle.
MERLIN L'ENCHANTEUR
Il était une fois, une douce jeune fille qui vivait en Bretagne.
Elle était orpheline et menait une vie tranquille. Or, un jour, elle
tomba enceinte par l'opération de l'esprit du Malin. Lorsque
l'enfant naquit, un miracle se produisit. Car dès sa venue au
monde, il parlait le plus beau des langages ! Ce bébé prodige fut
baptisé Merlin.
Des années passèrent. Et au fur et à mesure que l'enfant
grandissait, ses dons particuliers se révélaient.
En effet, Merlin savait lire dans les pensées et possédait le pouvoir
de se métamorphoser pour revêtir les apparences les plus diverses.
Un jour mourut Uter-Pendragon, le souverain du royaume de
Bretagne.
Les Barons demandèrent à Merlin de désigner celui qui devait
succéder au roi.
"Attendons Noël", leur répondit l'Enchanteur. La veille de cette fête
majestueuse, tous les barons du royaume de Logres se réunirent et
parmi eux, Arthur qui devait bientôt être sacré chevalier de la Table
ronde.
Or en sortant de la messe, la foule poussa des : "Oh !" et des "Ah !"
Une grande pierre taillée, si gigantesque que personne n'aurait pu
la porter, était apparue au milieu de la place.
Au sommet, sous une épée magnifique enfoncée dans le roc jusqu'à
la garde, était écrit : "Celui qui ôtera cette épée de ce roc sera le roi
choisi par Jésus-Christ".
Immédiatement tous les nobles barons voulurent tenter leur chance,
espérant chacun être élu. Mais aucun ne parvint à faire bouger
l'épée. Tous firent des efforts surhumains, tirèrent à deux mains,
bloquèrent leur respiration, transpirèrent et rougirent sous la
tension.
Mais en vain. L'épée restait scellée dans la pierre et la foule
commença par se disperser, déçue de ne pas avoir trouvé son roi.
C'est alors que Merlin s'approcha d'Arthur, encore jeune adolescent,
qui regardait la scène sans avoir osé, à aucun moment, toucher
l'épée.
"Va chercher mon épée chez moi, lui demanda-t-il.
- Volontiers", répondit l'adolescent. Arthur sauta à cheval et fonça
vers le logis. Hélas ! il ne put trouver l'épée de l'Enchanteur ni
aucune autre et, contrarié, il revint en passant devant le rocher
merveilleux.
Tout à coup prenant son courage à deux mains, il s'approcha de la
pierre, saisit l'épée d'une main et la retira sans effort.
Aussitôt le rocher magique disparut comme par enchantement, et le
peuple en délire acclama son nouveau roi.
Quelque temps après le sacre du roi Arthur, Merlin l'enchanteur se
promenait en forêt de Brocéliande. Alors qu'il chevauchait et
admirait ces bois légendaires, qu'il se complaisait à la vue des
biches, des cerfs et des daims, il arriva près d'une fontaine où
une toute jeune fille était assise près de l'eau claire et pure.
Elle était si belle et si aimable que Merlin, pour la séduire,
décida de lui enseigner quelques enchantements.
Il lui apprit alors maintes choses que l'on a peine à imaginer,
comme transporter un château d'un lieu à un autre, marcher sur
l'eau sans s'enfoncer ni se mouiller, faire naître une source claire
et fraîche en un lieu les plus chauds et des désertiques.
Je vous promets de vous aimer si vous m'apprenez quelque autre
enchantement", avoua Viviane, la belle demoiselle.
Merlin prit alors une baguette magique.
D'une main il dessina un cercle, et dans l'instant, on vit sortir de la
forêt une foule de dames, de chevaliers, d'écuyers, comme si celle-
ci avait été habitée. Apparut alors un splendide château entouré
d'un magnifique jardin tout empli de fleurs à la senteur exquise.
Tout était féerique et tous se tenaient par la main, chantant et
dansant avec une grâce délicate.
Mais le castel, qui était invisible pour tout autre que Merlin et
Viviane, disparut dans les eaux limpides du lac aussi vite qu'il était
apparu.
Alors Viviane demanda, du ton le plus enjôleur :
"Bel ami, comment pourrais-je retenir auprès de moi un homme,
sans avoir besoin de cachot, de murs et de chaînes, de telle sorte
qu'il reste à jamais mon captif et qu'il ne puisse s'en aller sans mon
consentement ?"
A ces mots, Merlin baissa la tête en soupirant car il devinait le fond
de sa pensée.
"Je sais bien qui vous voulez enfermer à jamais. C'est moi et c'est
bien cruel à vous. Hélas ! Mon amour pour vous est si fort que je dois
satisfaire votre désir et me plier à votre volonté". Et Merlin lui
enseigna tous les enchantements qu'il connaissait.
Quelques années plus tard, un manant entra dans la forêt de
Brocéliande.
Tout à coup, il entendit une voix lointaine qu'il l'appelait, en même
temps qu'il vit devant lui une sorte de vapeur translucide, aérienne,
mais qui empêchait tout de même son cheval de passer :
"Hélas ! Brave paysan, disait la voix, va prévenir le roi Arthur que
Merlin l'Enchanteur est prisonnier à jamais d'un cachot de brume
dans lequel l'a enfermé Viviane, la belle jeune fille du lac.
Conte-lui ce qui m'est arrivé : un jour que je m'étais endormi dans
la forêt, Viviane s'approcha de moi et, fit un cercle magique autour
du buisson où je sommeillais.
A mon réveil, je me trouvais sur un lit magnifique, dans la plus belle
chambre qui ait jamais existé, mais aussi la plus fermée qui puisse
être...
Plus jamais le roi Arthur ne me reverra. Je suis prisonnier pour
l'éternité. Allez ! et que Dieu garda le roi et le royaume de Logres
et tous ses barons comme les meilleurs qui furent jamais."
Telles furent les dernières paroles de Merlin l'Enchanteur et
jamais plus on ne le revit.
LE MONTREUR DE MARIONNETTES
Un jour que moi, Hans Andersen, je voyageais sur un beau voilier,
j'ai rencontré un homme à l'air si joyeux que j'ai tout de suite
pensé : "Voilà, à mon avis, le plus heureux des hommes."
J'engageai la conversation, et je sus que je ne m'étais pas
trompé : "Je suis un homme comblé, me dit-il, et plus encore
depuis que m'est arrivée l'aventure que je vais vous conter.
" Il poursuivit : "J'aime mon métier plus que toute autre chose.
Je vais par les chemins, m'arrête dans chaque ville et chaque
village, et je tire de ce simple coffre que vous voyez là tout ce
qu'il faut pour amuser les petits et les grands.
Vous l'avez deviné : je suis montreur de marionnettes.
Un soir que je donnais une représentation à la poste de la ville de
Slagelse, tous les enfants semblaient bien s'amuser. Mais au bout
d'un moment, l'un des spectateurs attira mon attention. C'était un
jeune homme, portant un habit noir. A chaque fois que mon histoire
devait faire rire, il riait exactement au bon moment, et à gorge
déployée. Cela ma remplissait de joie. Et lorsque j'espérais
simplement un sourire, il souriait de bon cur. Je n'avais jamais
eu un spectateur si attentif et si plaisant. Ce sympathique jeune
homme était, m'apprit-on, un ingénieur qui faisait des conférences
en province. Et justement, ce soir-là, après que les enfants furent
allés se coucher, tout le monde fut invité à venir l'écouter. Je devins
donc à mon tour son spectateur. Je dois l'avouer, nombre de ses
paroles m'entraient dans une oreille pour ressortir par l'autre,
comme on dit, car je ne comprenais pas grand-chose aux secrets
de sa science. Cependant, pour ce que j'en compris, je sus que
cet ingénieur était un homme extraordinaire. Il parlait, en effet,
avec une telle facilité de ses inventions et de ses découvertes
qu'on eut dit que tout cela ne lui avait coûté aucun effort.
A mon avis, si ce jeune homme avait vécu en d'autres temps,
on l'aurait accusé de sorcellerie et brûlé vif sur le bûcher.
Lorsqu'il eut terminé son discours, il m'invita à sa table. Nous
nous entretînmes de divers sujets, parlant aussi bien de sa
science que de mes marionnettes, et à un moment,
je lui dis que je me considérais comme l'une des plus heureuses
personnes qui soient sur terre.
- Ah, vraiment ?, me répondit-il.
- Certainement. je ne désire rien de plus que d'être toujours bien
reçu comme je le suis avec ma petite troupe. "
Puis, en réfléchissant, je me rappelai une envie qui m'avait pris :
"Quoique... Il y a peut-être quelque chose... Voyez-vous, il m'est
arrivé de penser, qu'au lieu de faire un spectacle de marionnettes,
j'aimerais bien diriger des acteurs, des personnages de chair et
de sang... Alors là, je serais sans doute vraiment le plus heureux
des hommes."
Le jeune ingénieur ne croyait pas que cela puisse me rendre plus
heureux, mais moi, je le croyais, et il ne parvint pas à me faire
changer d'avis. Le vin que nous buvions était bon, et...je dois
avouer que je fus vite un peu grisé, au point que j'étais persuadé
que mes vux seraient exaucé. Soudain l'ingénieur me souleva
et me fit tournoyer en l'air à travers une gigantesque spirale avec
mon coffre ; je tournais, et je tombais, et je me retrouvais assis
par terre... Le coffre s'était ouvert, et voilà que mes marionnettes
bondirent hors de celui-ci. A peine avaient-elles sauté à terre
qu'elles se mirent à parler, et lorsqu'elles furent toutes sur le
plancher, il y eut une cacophonie épouvantable, car elles
parlaient toutes en même temps. La danseuse disait :
"Si je ne tenais pas sur une jambe, toute la maison s'écroulerait !
Je suis donc la personne la plus importante et je veux être traitée
comme telle !" Celui qui jouait le facteur disait : "Comme c'est moi
qui apporte les lettres d'amour, tout le monde doit être gentil avec
moi !" Quant à la princesse, elle voulait que tout le décor autour
d'elle soit rouge, parce que, disait-elle, c'était la couleur qui lui
allait le mieux. Le prince quant à lui exigeait de n'avoir à dire que
des répliques de sortie, car c'étaient celles-là qui étaient les plus
applaudies. Les acteurs parlaient de plus en plus fort, ils ne
m'écoutaient pas le moins du monde, et je fus obligé de leur crier :
"Débrouillez-vous ! Après tout, vous n'êtes que des marionnettes !"
Celles-ci se mirent alors dans une colère incroyable et me battirent
à mort. A ce moment je me réveillai en sursaut. Je me trouvais
dans mon lit ; un rayon de soleil m'avait sorti de mon sommeil.
Je vis les marionnettes immobiles, éparpillées sur le sol, dans un
désordre indescriptible. Je me demandai où était passé l'ingénieur,
mais nulle part je ne vis trace de lui. Je me levai, m'emparai des
personnages qui étaient redevenus de bois et de chiffon, et je les
rangeai tous dans la malle. Je refermai le couvercle avec soin,
content que cette soirée effrayante soit terminée, et jamais, plus
jamais, je n'ai eu envie qu'ils deviennent de vrais acteurs.
Aujourd'hui, je continue à parcourir le pays en transportant mes
petits amis. J'ai du succès, je gagne bien ma vie, et mes
marionnettes sont encore plus applaudies que certains grands
acteurs de théâtre ! Maintenant, je suis certain d'être le plus
heureux des hommes. Et si l'on me demande pourquoi, je parle
volontiers de mon aventure, pour le plaisir de raconter une
histoire".
L'OISEAU BLEU
Il était une fois, un roi qui ayant perdu sa femme, se remaria avec
une veuve éplorée. Ce roi avait une fille, Florine, fraiche et douce.
La nouvelle reine avait, elle aussi, une fille surnommée Truitonne,
qui était très sale et très méchante.
La reine et sa fille, jalouses de Florine, la détestaient. Un jour, un
prince étranger, appelé Charmant, arriva au château. La reine
décida qu'il épouserait sa fille. Mais quand le jeune homme
aperçut Florine, c'est d'elle qu'il tomba amoureux.
Furieuse, la reine fit enfermer sa belle fille dans une tour.
Puis, elle imagina une ruse pour tromper le prince Charmant :
une dame du palais ferait savoir au prince que le soir même
Florine serait à une fenêtre qui donnait sur le jardin et que par-là
elle pourrait lui parler.
Quand la nuit fut venue, Charmant ne vit pas qu'il déclarait amour
et fidélité à l'affreuse Truitonne. Il lui proposa de l'emmener loin
du château pour l'épouser. Truitonne, qui s'était couvert la tête
d'un voile noir, conduisait le prince chez sa marraine la méchante
fée Soussio qui lui dit : "Prince Charmant, voici la princesse
Truitonne : elle est ma filleule et je souhaite que vous l'épousiez".
Quand le prince comprit qu'on s'était moqué de lui, il voulut s'enfuir,
mais la fée le toucha de sa baguette magique et ses pieds se
collèrent au parquet. Il s'écria :
"Quand bien même vous m'écorcheriez vif, je ne serai point à une
autre qu'à Florine."
Soussio et Truitonne essayèrent de le persuader, mais rien n'y fit.
Alors, furieuse, la fée changea le prince en oiseau bleu pour sept
ans. Le prince se voyant ainsi transformé en oiseau le corps tout
couvert de plumes bleues, pousse un cri de détresse et s'envola.
Pendant ce temps, Florine , qui croyait que le prince avait épousé
Truitonne, pleurait amèrement. Mais un jour, l'Oiseau bleu vint se
percher sur un cyprès face à la fenêtre de la tour et se fit
reconnaître.
Chaque nuit Florine et l'Oiseau bleu se retrouvèrent pour se parler
et se consoler. Le prince lui rapportait même des bijoux de son
palais.
Mais un soir, la reine, qui avait repéré le manège, fit attacher en
secret des rasoirs aux arbres qui bordaient le château. La nuit
venue, lorsque l'oiseau voulut se poser, il se coupa les ailes et les
pattes.
Persuadé que Florine l'avait trahi pour se réconcilier avec la reine, le
prince parvint à se traîner, mourant jusqu'à son nid. Par bonheur,
l'enchanteur, que Florine avait envoyé à sa recherche, l'aperçut, le
soigna et l'emporta chez lui.
Florine désespérée par la disparition de son prince, répétait sans
cesse : Oiseau Bleu, couleur du temps, vole à moi promptement.
Pendant ce temps, la reine et sa fille savouraient leur vengeance.
Un jour, le père de Florine mourut. Le peuple réclama la princesse
et assaillit le château. Truitonne réussit à s'enfuir chez Soussio. La
reine fut assommée, et Florine, délivrée fut couronnée, à sa place.
Mais elle ne pensait qu'à retrouver le prince Charmant.
Une nuit, elle prit ses bracelets d'émeraude et partit secrètement à
sa recherche.
Pendant ce temps, l'Enchanteur était allé trouver la fée Soussio qui
lui dit : "L'Oiseau bleu ne redeviendra le prince Charmant que s'il
épouse Truitonne".
L'enchanteur parvint à convaincre le prince d'accepter car il devait
rentrer au royaume qui était menacé par des comploteurs. Le prince
Charmant retrouva son corps, mais il frémissait d'horreur à l'idée
d'épouser l'affreuse Truitonne. Cependant la nouvelle reine Florine,
déguisée en paysanne, parvint un soir aux portes du château du
prince Charmant. Là, elle apprit que le prince, redevenu humain,
devait se marier avec Truitonne le lendemain. Se croyant trahie
par celui qu'elle aimait, elle pensa mourir.
Mais elle décida plutôt de rencontrer sa rivale. "Regardez, Madame,
ces bracelets d'émeraude. Si vous m'autorisez à dormir cette nuit
au palais, dans le cabinet des Echos, je vous les donnerai."
Truitonne, ravie de l'aubaine, accepta.
Elle ne savait pas que le cabinet des Echos était construit sous la
chambre du prince et que tout ce qui s'y disait était entendu du
prince lorsqu'il était dans son lit. Comme Florine voulait reprocher
au prince son infidélité, elle avait eu l'idée de dormir dans cette
pièce dont il lui avait parlé un jour. La nuit venue, Florine se
lamenta : "A combien de dangers me suis-je exposée pour le
chercher, pendant que tu me fuis et que tu veux épouser Truitonne.
Que t'ai-je donc fait cruel, pour oublier tes serments ?
Ne te souviens-tu donc pas de nos tendres conversations ?" Le
prince, qui ne dormait pas, entendit ces mots comme dans un rêve
et se mit à parler à son tour : "Ah ! Princesse trop cruelle pour un
amant qui vous adorait ! Est-il possible que vous m'ayez sacrifié
à nos ennemis ?" Pris d'un doute, il se fit conduire à la chambre
des Echos. Quand le prince entra dans la chambre, il reconnut
sa belle Florine et se jeta à ses pieds. La reine le regarda
indécise. Enfin, ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre
s'expliquèrent et leur amour se réveilla.
A ce moment l'Enchanteur arriva avec une bonne fée qui était la
soeur de Soussio. L'Enchanteur et la bonne fée avaient uni leur
pouvoir en faveur du prince Charmant et de la reine Florine.
Soussio ne pourrait plus rien contre eux.
Dès le matin, on annonça leur mariage dans tout le palais.
Vexé, Truitonne accourut chez le roi, mais l'Enchanteur et la fée la
changèrent aussitôt en affreux dindon. Le prince Charmant et la
reine Florine ne pensèrent plus alors qu'à la préparation de leur
mariage. On imagine leur bonheur, après de si longs malentendus.
PEAU D'ÂNE
Il était une fois, un roi, une reine et une jeune fille.
A cette époque, on ne pouvait trouver une famille plus
heureuse sur la terre. En plus de ce bonheur, le roi possédait
un âne merveilleux. Cet âne, au lieu de déposer du crottin
comme tous les autres ânes, faisait de l'or chaque jour sur
sa littière ! Imaginez-vous cela ?
Ainsi, la vie se déroulait paisiblement et tous les matins le roi,
la reine, la princesse et l'âne, entourés de tous les gens de la cour,
se réveillaient heureux d'exister, heureux d'être ensemble, heureux
de n'avoir aucun souci.
Mais, comme parfois dans la vie, il arrive que ce bonheur fut
assombri par une étrange maladie qui s'empara de la reine.
Celle-ci dépérissait et lorsqu'elle fut près de mourir elle appela
le roi son époux et lui fit part d'une dernière demande :
-"Cher époux, lui dit-elle, losque je ne serai plus là, il faudra vous
remarier un jour ! Promettez-moi de n'épouser que quelqu'un digne
de vous, quelqu'un qui me resemble ou mieux encore, quelqu'un qui
me surpasse".
Le roi pleura et dit qu'il préférait mourir avec elle plutôt que de
penser à une autre, mais malgré tout, il lui fit cette promesse,
sachant que nulle part il ne trouverait épouse supérieure en grâce,
en beauté, en intelligence, en amour à celle aui le quittait pour
toujours.
Le roi se retrouva donc avec la princesse et l'âne merveilleux,
entouré de tous les gens de la cour et ces derniers commencèrent à
lui conseiller de chercher maintenant une nouvelle épouse.
Le roi refusait d'y penser, mais comme il était roi, il dut tout de
même s'y résigner et tous les jours qui suivirent, ses conseillers lui
apportèrent des portraits de princesses toutes disposées à
l'épouser.
Et, chaque jour, le roi jetait un oeil triste sur ces portraits et trouvait
que l'une avait un trop granqd nez, l'autre de trop petites oreilles, la
troisième des sourcils trops épais.
Chaque fois, il trouvait un détail pour refuser telle ou telle princesse,
sans vouloir avouer qu'il pensait toujours à sa femme.
Un jour, alors qu'il regardait encore un oeil distrait les portraits du
jour, il tourna son regard vers la fenêtre et aperçut sa fille qui avait
bien grandi depuis. Elle était assise sur la margelle du puits dans le
parc du château et contemplait les oiseaux qui revenaient en
annonçant le printemps. A mieux y regarder encore le roi se dit
qu'elle était aujourd'hui devenue une magnifique princesse, bien
plus belle et plus
aimable que toutes celles que lui proposaient ses conseillers.
Il la fit venir et lui dit :
-"J'ai promis à maman, le jour de sa mort, de n'épouser qu'une
princesse qui la surpassent en grâce et en beauté. Tu es celle-ci.
Voudrais-tu m'épouser ?"
La Princesse n'en croyait pas ses oreilles ! Comment ? Me marier
avec mon père ? Elle ne sut quoi répondre et partit en courant
vers la forêt où vivait sa marraine, la fée Lilas. Elle arriva près d'elle
et fondit en larmes.
-Que se passe-t-il, lui demanda la fée en lui passant la main dans
ses longs cheveux d'or.
Quel est ce gros chagrin ma petite filleule ?
-Marraine, c'est horrible ! Mon père veut m'épouser !
-Effectivement, répondit sa marraine, c'est vraiment surprenant
de sa part. Peut-être que sa trop grande tristesse l'a rendu un peu
fou. Ecoute-moi, voilà ce que tu vas faire. Tu vas lui dire qu'il te
faut du temps pour réfléchir et que de toutes façons tu ne pourras
l'épouser que s'il te donne...une robe couleur du temps.
A mon avis, cela lui sera impossible et ainsi tu ne seras ni obligée
de désobéir à ton père, ni obligée de te marier avec lui.
N'est-pas-une bonne idée ?
-Je ne sais pas Marraine, je vais essayer.
La Princesse rentra donc au château et alla trouver son père pour
lui dire ce que la fée Lilas lui avait conseillé de dire. Le roi alors
appela tous les meilleurs couturiers du pays et leur ordonna de faire
dans la nuit une robe couleur du temps.
Et bien qu'il ne fut pas méchant, il les menaça pourtant de leur faire
couper la tête s'il n'y parvenaient pas.
Les couturiers se mirent au travail dès le lendemain ils apportèrent
à la Princesse une magnifique robe couleur du temps, aux reflets
bleus et blancs et légère comme un nuage.
La Princesse les remercia et courut une nouvelle fois vers la forêt
pour y rejoindre sa marraine, la fée Lilas.
-Marraine, Marraine ! Mon père m'a offert ce matin la robe couleur
du temps que je lui avais demandée ! Que faire maintenant ?
-Je sais, dit la fée Lilas en réajustant son long voile de tule, tu vas
lui dire qu'il te manque encore une robe couleur de lune !
Cette fois-ci ça m'étonnerait qu'il y parvienne.
Alors la Princesse repartit en courant pour faire cette nouvelle
requête à son père. Il était bien peu surpris par tous ces caprices.
La princesse n'exigeait jamais rien autrefois ! Mais tellement
soucieux de lui plaire, il accepta et convoqua de nouveau tous les
meilleurs couturiers du pays.
-"Il me faut pour demain matin une robe couleur de lune.
Faîtes vite et surtout ne ma décevez pas ou sinon...on vous
coupera la tête". Non par crainte ne me décevez pas ou sinon...on
vous coupera la tête".
Non par crainte d'un tel châtiment, que le roi sans doute n'aurait pas
fait exécuter, ils se mirent de nouveau au travail et toute la nuit
confectionnèrent une superbe robe couleur de lune. Au matin, ils
l'apportèrent à la Princesse qui n'en croyait pas ses yeux. Cette
nouvelle robe brillait comme une pleine lune au milieu des étoiles
et son tissu était soyeux comme un ciel d'été. Elle courut dans la
forêt une nouvelle fois pour alerter sa marraine.
- Marraine ! Marraine ! Le roi m'a offert ce matin la robe couleur de
lune que je lui avais demandée ! Quoi faire ?
-Cette fois ci tu n'as qu'à lui demander une robe couleur soleil !
Et la Princesse, confiante, retourna vers le château et alla voir son
père pour lui demander cette fois la robe couleur soleil !
Les meilleurs couturiers, qui n'étaient pas partis bien loin car ils se
reposaient de leurs deux nuits de travail, furent réveillés par la voix
tonitruante du roi qui leur demandait cette fois, de faire, dans la
nuit, une robe couleur soleil. Il n'eut pas même besoin de préciser
qu'évidemment s'ils n'y parvenaient pas, ils leur ferait couper la
tête.
Les couturiers se consultèrent et ensemble se mirent au travail. Ils
firent tant et si bien qu'au matin, ils apportèrent à la Princesse une
magnifique robe brillant de tous les feux d'un soleil de Printemps.
Elle en fut très éblouie devant cette splendide lumière qui brillait
ainsi autour de la Princesse !
Alors que le roi approchait, une nouvelle fois la Princesse partit en
courant en direction de la forêt, chercher une nouvelle fois un
conseil auprès de sa marraine.
-Marraine ! Marraine !
-Oui, je sais, tu viens sûrement me dire que le roi t'a offert ce matin
même une robe couleur soleil ?
-Oui, Marraine, une robe magnifique qui brille de tous les feux d'un
soleil de Printemps ! Que faire ?
-Ecoute moi bien. Je crois que cette fois-ci le roi ne va pouvoir
répondre à ta demande. Cette fois tu vas lui demander la peau de
son âne chéri !
-La peau de son âne ?
Mais Marraine, je ne peux pas lui demander cela ! Cet âne est pour
lui un merveilleux compagnon et une inépuisable fortune !
-C'est bien pour ça qu'il ne pourra pas te l'accorder et ainsi tu
n'auras ni à lui désobéir ni à l'épouser !
Alors, la Princesse retourna au château et, d'une voix tremblante,
elle réclama au roi la peau de son âne.
Le roi fut extrèmement étonné d'une telle demande, mais plus
encore la princesse fut surprise de le voir accepter.
-Que ferais-je pour toi , ma Princesse, pour qu'enfin tu consentes à
devenir ma femme, soupira t-il !
Et il ordonna à ses hommes d'aller chercher la peau de son âne
pour en faire don à sa fille.
Cette fois-là, la Princesse n'eut pas à courir vers la forêt.
Sa marraine était venue et assistait sans sourciller à cette étrange
scène.
Une fois seules, la Princesse et la fée Lilas, cette dernière s'approcha
et lui glissa à l'oreille.
-Tout se passe comme il faut. Voici maintenant pour toi un
extraordinaire déguisement pour quitter le château dès cette nuit.
Vêts-toi de cette peau d'âne et attends au coin de l'allée près de la
forêt, un carrosse te conduira loin d'ici et tu ne craindras plus ni de
désobéir à ton père, ni de l'épouser. Emporte aussi avec toi cette
baguette magique.
Lorsque tu voudras faire apparaître la malle qui contient tes robes
et tes bijoux, tu n'auras qu'à taper trois petits coups de baguette et
elle apparaîtra.
La Princesse, toujours confiante dans les conseils de sa Marraine,
fit comme elle lui avait dit, et à la nuit tombée, vêtue de la peau
d'âne elle prit la baguette magique et se rendit au bout de l'allée
où un carosse l'attendait.
Le carosse la mena fort loin puis s'arrêta. Elle en descendit et à
pied, elle continua sa route sans bien savoir jusqu'où cela
l'entrainerait.
LE PETIT POUCET
Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui habitaient dans
une toute petite maison au milieu d'une grande forêt. Ils avaient
sept garçons, et leur dernier fils était si petit à la naissance qu'on
l'avait surnommé le Petit Poucet. Ils étaient très pauvres et
n'avaient pas toujours assez à manger. Caché sous la table, il
entendit un soir son père dire à sa mère :
" Nous n'avons plus un seul morceau de pain, et je n'ai pas trouvé
de travail. Nous ne pouvons plus nourrir nos enfants. Demain nous
les emmènerons ramasser du bois dans la forêt et nous les
perdrons. Le Petit Poucet alla vite dehors ramasser des petits
cailloux blancs. Il en remplit ses poches et alla se coucher.
Le lendemain matin la mère réveilla les enfants en leur disant :
" Venez vite nous aider à ramasser du bois dans la forêt. Ils
partirent tous. Le Petit Poucet marchait en dernier, et il semait
ses cailloux, pour être sûr de pouvoir retrouver la route le soir.
Quand ils furent arrivés au milieu de la forêt, le père leur dit :
" Je vais aller couper du bois plus loin avec votre mère. Faites
des fagots avec des brindilles et attendez-nous pour rentrer."
Les enfants ramassèrent beaucoup de bois. Mais à la fin de la
journée, la nuit commençait à tomber et les parents n'étaient
toujours pas là. On entendait le bruit des animaux nocturnes
et les enfants commençaient à avoir peur.
" Nous sommes perdus, crièrent-ils en pleurant. Nous allons
être dévorés par les loups !
- Ne vous en faites pas , dit le Petit Poucet. Suivez-moi, je vais
vous ramener à la maison. " Et comme les petits cailloux blancs
brillaient à la lumière de la lune, ils purent rentrer sans difficulté
à la maison. Leurs parents furent tout contents de les retrouver :
on venait de leur apporter un gros morceau de pain et ils étaient
ravis de le partager avec leurs enfants.
Mais une semaine plus tard, la nourriture manqua de nouveau.
Et le Petit Poucet entendit que ses parents voulaient encore
les perdre. Mais ce jour-là, la porte de la maison étaient fermée
et il ne put aller ramasser des cailloux.
" Cela ne fait rien, se dit-il, je sèmerai demain matin les miettes
de ma tartine. " Et le lendemain, il fit tomber des petites miettes
de pain tout le long du chemin.
Quand ils furent arrivés au milieu de la forêt le père leur dit :
des fagots avec des brindilles et attendez-nous pour rentrer. "
Les enfants ramassèrent beaucoup de bois. Mais en fin de
toujours pas là. On entendait les bruits des animaux nocturnes
et les enfants commençaient à avoir très peur.
" Nous sommes perdus. Nous allons être mangés par les
loups, crièrent-ils en pleurs !
- Ne vous en faites pas, dit le Petit Poucet. suivez-moi, je vais
vous ramener à la maison. Mais les oiseaux avaient mangé
toutes les miettes de pain et le Petit Poucet ne put retrouver
son chemin. Alors il grimpa en haut d'un arbre pour voir s'il
n'apercevait pas la lumière d'une maison. Il fut tout content
d'en apercevoir une qui n'était pas très éloignée, et il y conduisit
ses frères. Ils frappèrent à la porte :
" Qui est là ? demanda la voix d'une dame.
- Nous sommes sept petits garçons perdus. Pouvez-vous nous
abriter pour la nuit ?
- Mes pauvres enfants, vous êtes dans la maison de l'ogre ! Il va
vous dévorer si vous restez ici.
- Mais si nous restons dans la forêt, nous serons mangés par les
bêtes féroces.
- Je vais essayer de vous cacher. Allez vite au fond de la grande
armoire. " Un peu plus tard l'ogre rentra chez lui. Il renifla très fort
et il dit : " Ca sent la chair fraîche !
- C'est le gigot que je t'ai préparé, dit la femme en le posant sur
la table. " L'ogre dévora le gigot, puis les deux jambons et les
six saucissons qui étaient dans le garde-manger. Mais il continua
à renifler :
- Tu me caches quelque chose ! cela sent la chair fraîche ! " Et en
fouillant dans la pièce, il finit par découvrir le Petit Poucet et ses
frères.
" Miam ! Sept petits garçons ! Je vais les dévorer tout de suite !
- Tu as tort, lui dit sa femme. Tu as bien mangé. Tu vas avoir une
indigestion. Tu ferais mieux de les garder pour ton déjeuner de
demain. Je vais aller les coucher là-haut, et tu les mangeras
demain. " Et la femme de l'ogre installa le Petit Poucet et ses
frères dans un grand lit. Il y avait un autre lit dans la pièce, où
dormait les sept filles de l'ogre, qui avaient toutes une couronne
sur la tête. Avant de s'endormir, le Petit Poucet retira son bonnet
celui de ses frères, et les mit aux petites ogresses, et il se coiffa
ainsi que ses frères avec les couronnes. Au milieu de la nuit,
l'ogre se réveilla et se dit : " J'ai eu tort de ne pas tuer ces petits.
garçons tout de suite. Je vais prendre mon grand couteau et les
tuer maintenant. " Il alla dans la chambre et se dirigea vers le lit
des garçons. Au moment où il allait leur couper la tête, il sentit
les couronnes : " je suis vraiment fatigué ! J'allais tuer mes filles !
Il alla à l'autre lit, sentit les bonnets et coupa le cou de tous les
enfants. Puis il se recoucha. Dès qu'il fit jour, le Petit Poucet
réveilla ses frères et leur fit quitter la maison.
Et ils partirent vite vers la forêt. Quand l'ogre se réveilla et qu'il
se rendit compte qu'il avait tué ses filles, il se mit très en colère.
Il chaussa ses bottes de sept lieues et il partit à la poursuite des
garçons. Mais quand ceux-ci entendirent son pas, ils se
cachèrent sous un rocher. Et l'ogre qui était fatigué de chercher
finit par s'endormir. Le Petit Poucet s'approcha alors de lui, et lui
retira tout doucement ses bottes. C'étaient des bottes magiques :
dès qu'il les enfila, elles prirent la taille de son pied. Il partit vite
pour le château du roi, qui avait besoin d'un messager. Le roi fut
si content des services du Petit Poucet qu'il lui donna un grand sac
d'or.
Alors le Petit Poucet vint rechercher ses frères et les ramena à la